L'otospongiose (ou otosclérose) est une cause de surdité encore mal connue du grand public. Pourtant elle a une particularité précieuse : c'est l'une des rares pertes auditives que l'on peut réellement corriger, parfois en récupérant l'audition perdue. Elle touche souvent des personnes jeunes, en particulier des femmes, et débute discrètement. Voici ce qu'il faut comprendre — sachant que seul un médecin ORL peut poser le diagnostic.
Qu'est-ce que l'otospongiose ?
Dans l'oreille moyenne, trois minuscules osselets transmettent les vibrations du tympan vers l'oreille interne. Le dernier d'entre eux, l'étrier, repose sur une petite membrane (la fenêtre ovale). Dans l'otospongiose, un os anormal se forme progressivement autour de l'étrier et finit par le bloquer : l'osselet ne vibre plus librement, le son passe mal. C'est ce qu'on appelle une surdité de transmission.
C'est une maladie de l'os, et l'Assurance Maladie la cite explicitement parmi les causes de perte auditive : « la dégénérescence et le blocage des osselets de l'oreille moyenne appelée otospongiose ». Avec le temps, le foyer d'os anormal peut aussi atteindre l'oreille interne et ajouter une composante neurosensorielle : on parle alors de surdité mixte.
Qui est concerné ?
L'otospongiose a un profil assez typique :
- elle débute souvent à l'adolescence ou chez l'adulte jeune ;
- elle touche plus souvent les femmes ;
- elle a une forte composante héréditaire : selon le Manuel MSD, environ la moitié des cas surviennent dans un contexte familial ;
- elle finit fréquemment par toucher les deux oreilles (dans plus de la moitié des cas), même si elle commence d'un seul côté ;
- la grossesse peut parfois en accélérer l'évolution.
Quels sont les symptômes ?
Le signe principal est une baisse d'audition progressive, qui s'installe sur plusieurs années. D'autres éléments peuvent accompagner cette perte :
- des acouphènes (sifflements ou bourdonnements) ;
- une particularité bien décrite : certaines personnes entendent paradoxalement mieux dans le bruit ambiant (un phénomène appelé paracousie) ;
- l'audition « cotonneuse » ou la sensation d'une oreille bouchée qui s'installe.
Comme la perte est lente et indolore, on s'en accommode longtemps. C'est l'un des signes qui doivent faire penser à une baisse d'audition : faire répéter, monter le son, mal suivre une conversation.
Comment fait-on le diagnostic ?
Le diagnostic est médical et repose sur plusieurs examens, réalisés par un ORL :
- l'otoscopie : l'examen du tympan est le plus souvent normal, ce qui oriente déjà vers une cause située plus profondément ;
- l'audiogramme, qui mesure et caractérise la perte (un point que nous expliquons dans Comprendre son audiogramme) ;
- la tympanométrie, qui étudie la mobilité du tympan et de la chaîne des osselets ;
- parfois un scanner de l'oreille (tomodensitométrie), pour visualiser le foyer osseux et préparer une éventuelle chirurgie.
Quelles solutions ? La bonne nouvelle
C'est tout l'intérêt de connaître cette maladie : elle se traite, et deux voies existent, parfois complémentaires.
- La chirurgie. Le geste de référence consiste à retirer l'étrier bloqué et à le remplacer par une petite prothèse (stapédectomie ou stapédotomie). Quand l'intervention réussit, la transmission du son est restaurée et l'audition peut nettement s'améliorer. C'est l'ORL qui pose l'indication et explique les bénéfices et les risques.
- L'aide auditive. Pour les personnes qui ne souhaitent pas être opérées, qui ne sont pas opérables, ou dont la perte comporte une part neurosensorielle, l'appareillage compense très efficacement la perte. Les appareils d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec ceux d'autrefois — voyez À quoi ressemblent les appareils auditifs aujourd'hui ?.
Dans les deux cas, plus on agit tôt, mieux c'est : on retrouve une audition confortable et on évite de laisser s'installer la gêne et l'isolement.
En résumé
L'otospongiose est une formation d'os anormal qui bloque l'étrier et fait baisser l'audition, surtout chez la femme jeune, avec un terrain familial fréquent. Elle se manifeste par une perte progressive, parfois des acouphènes. Son grand intérêt : elle se corrige bien, par chirurgie (prothèse de l'étrier) ou par appareillage. Devant une baisse d'audition inexpliquée, surtout jeune et avec des antécédents familiaux, consultez un ORL : cet article ne remplace pas un diagnostic médical. Pour aller plus loin, parcourez nos articles sur les pathologies de l'audition.
Questions fréquentes
L'otospongiose peut-elle rendre totalement sourd ? Le plus souvent, non : elle évolue lentement et reste longtemps modérée. Mais sans prise en charge, la perte progresse, et une part neurosensorielle peut s'ajouter. C'est pourquoi un suivi régulier est utile. Au moindre doute sur votre audition, un bilan auditif gratuit et sans engagement permet de mesurer précisément où vous en êtes.
Si je suis opéré, dois-je quand même porter un appareil ? Pas forcément. Quand la chirurgie restaure bien la transmission du son, beaucoup de personnes n'ont pas besoin d'appareil. Si une part de perte persiste (composante de l'oreille interne), l'appareillage prend le relais. L'ORL et l'audioprothésiste vous orientent selon votre bilan.
Pourquoi j'entends mieux dans le bruit ? C'est un phénomène classique de l'otospongiose : dans un environnement bruyant, les interlocuteurs élèvent la voix, ce qui compense en partie la perte de transmission. Cela peut paradoxalement retarder la prise de conscience de la baisse d'audition.
Faut-il une ordonnance pour s'appareiller ? Oui. Une prescription médicale est nécessaire avant l'appareillage, et le médecin vérifie d'abord l'origine de la baisse d'audition. C'est aussi l'occasion de discuter de l'option chirurgicale, propre à l'otospongiose.
